Vivre loin de sa famille en expatriation : comment gérer le manque et la culpabilité ?

Expatriée échangeant en visioconférence avec sa famille restée dans son pays d’origine

Partir vivre à l’étranger, c’est découvrir un nouveau pays et construire un nouveau quotidien. Mais c’est aussi accepter de vivre loin de personnes qui occupaient jusque-là une place importante dans notre vie.

Au début, la distance peut sembler facile à gérer. Les appels sont fréquents, les nouvelles nombreuses et les prochaines retrouvailles déjà prévues.

Puis le quotidien s’installe.

Un anniversaire auquel on ne participe pas, un repas de famille suivi à travers quelques photos, un proche qui traverse une période difficile… La distance prend alors une autre dimension.

Vivre loin de sa famille en expatriation peut faire naître du manque, mais aussi un sentiment plus difficile à exprimer : la culpabilité.

Comment accepter cette distance sans avoir constamment l’impression d’abandonner ceux que l’on aime ?

Pourquoi l’éloignement familial peut-il être difficile à vivre ?

Lorsque nous vivons près de notre famille, nous ne réalisons pas toujours l’importance des petits moments du quotidien.

Passer prendre un café chez ses parents, déjeuner avec ses frères et sœurs ou participer spontanément à une réunion familiale paraît naturel.

En expatriation, chaque rencontre doit souvent être organisée plusieurs semaines ou plusieurs mois à l’avance.

La distance transforme ainsi la relation.

On continue à aimer les mêmes personnes, mais on ne participe plus de la même manière à leur quotidien.

Et ce sont parfois les événements les plus ordinaires qui créent le plus de manque.

La culpabilité de « ne pas être là »

La culpabilité est particulièrement fréquente chez les expatriés.

Elle peut apparaître lorsqu’un parent a besoin d’aide, lorsqu’un proche traverse une difficulté ou simplement lorsque la famille se réunit sans nous.

Certaines pensées reviennent alors :

« Je devrais être avec eux. »

« Je rate trop de choses. »

« Est-ce que j’ai fait le bon choix en partant ? »

Cette culpabilité peut être encore plus importante lorsque les proches expriment eux-mêmes leur tristesse face à la distance.

Pourtant, vivre à l’étranger ne signifie pas aimer moins sa famille.

Il est possible d’être attaché à ses proches tout en construisant une vie ailleurs.

Accepter cette idée est souvent une première étape importante.

Quand les moments heureux deviennent aussi difficiles

On associe souvent le manque aux périodes compliquées.

Mais les moments heureux peuvent eux aussi rappeler la distance.

Une naissance, un mariage, un anniversaire ou une fête familiale peuvent provoquer des émotions contradictoires.

On est heureux pour les autres, tout en étant triste de ne pas pouvoir partager le moment avec eux.

Les réseaux sociaux et les groupes familiaux rendent parfois cette absence encore plus visible. On découvre presque en direct les photos et les vidéos d’un événement auquel on aurait aimé participer.

Il est possible d’apprécier sa vie à l’étranger tout en regrettant de manquer certains moments.

Ces deux sentiments ne sont pas incompatibles.

Garder le contact sans vivre constamment dans son téléphone

Les outils numériques ont considérablement facilité les relations à distance.

Messages, appels vidéo et groupes familiaux permettent de rester présent malgré les kilomètres.

Mais vouloir compenser la distance par une disponibilité permanente peut devenir fatigant.

Il n’est pas nécessaire d’appeler tous les jours pour maintenir une relation forte.

Pour certaines familles, un véritable échange une ou deux fois par semaine sera plus précieux que de nombreux messages envoyés par obligation.

L’important est de trouver un rythme qui convient à chacun.

Créer quelques habitudes peut également aider : un appel le dimanche, partager régulièrement des photos ou prévoir à l’avance les prochaines retrouvailles.

La distance devient alors plus prévisible et parfois plus facile à vivre.

Accepter que les relations évoluent

C’est probablement l’une des réalités les plus difficiles de l’expatriation : pendant que nous construisons une nouvelle vie, nos proches continuent également la leur.

Les habitudes changent.

Les amis créent de nouvelles relations.

Les frères et sœurs construisent leur famille.

Les parents vieillissent.

Au retour, on peut parfois avoir l’impression que certaines choses ont changé sans nous.

Cela peut provoquer un sentiment de décalage.

Mais une relation qui évolue n’est pas nécessairement une relation qui disparaît.

Certaines relations deviennent différentes avec la distance, tout en restant profondément importantes.

Profiter des retrouvailles sans vouloir rattraper tout le temps perdu

Le retour dans son pays d’origine peut rapidement devenir un marathon.

Voir les parents, les frères et sœurs, les amis, les cousins… chacun souhaite profiter de notre présence.

On peut alors terminer ses vacances plus fatigué qu’avant de partir.

Il est important d’accepter que l’on ne pourra pas toujours voir tout le monde ni rattraper plusieurs mois d’absence en quelques jours.

Privilégier des moments de qualité peut être plus agréable que multiplier les rendez-vous.

Les retrouvailles n’ont pas besoin d’être parfaites pour être précieuses.

Construire sa vie à l’étranger sans avoir l’impression de trahir ses proches

Certains expatriés éprouvent une forme de culpabilité lorsqu’ils commencent réellement à se sentir chez eux dans leur pays d’accueil.

Ils développent de nouvelles habitudes, créent des amitiés et commencent parfois à envisager de rester plus longtemps que prévu.

Une question peut alors apparaître :

« Est-ce que je m’éloigne de ma famille ? »

Construire une nouvelle vie ne signifie pourtant pas effacer l’ancienne.

Notre sentiment d’appartenance peut évoluer.

On peut se sentir profondément attaché à sa famille tout en étant heureux à plusieurs milliers de kilomètres.

L’un n’annule pas l’autre.

Trouver un équilibre avec la distance

Il n’existe pas de manière parfaite de vivre loin de sa famille.

Certaines périodes seront faciles. D’autres feront davantage ressentir la distance.

L’objectif n’est pas de supprimer complètement le manque. Celui-ci témoigne aussi de l’importance des personnes auxquelles nous sommes attachés.

Il s’agit plutôt d’apprendre à vivre avec cette distance sans laisser la culpabilité prendre toute la place.

Maintenir des liens qui comptent, accepter de manquer certains moments et continuer à construire sa propre vie font partie de l’expérience de l’expatriation.

Et lorsque le manque ou la culpabilité deviennent trop lourds à porter, pouvoir mettre des mots sur ce que l’on ressent peut déjà permettre de prendre du recul.

Vivre loin de sa famille ne signifie pas vivre loin de ceux que l’on aime. La relation change, mais elle peut continuer à se construire malgré la distance.